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pistolet 1911 A1 du S.A.S. français Maurice RUTARD

Voici une rare arme dont l'histoire est connue mais le plus important est le parcours d'un homme.

Elle appartenait autrefois au grand père d'une amie. Elle a conservé tous les documents de son parcours militaire. Il a servi dans l'unité mythique qu'est le 2è RCP (4th SAS).

Il y a déjà eu un article dans une revue spécialisée concernant cet homme, mais je pense que nous ne lisons pas forcément tous les livres sur les armes ou l'histoire militaire, du coup voici le parcours de Maurice RUTARD. Il y a sûrement des membres ici dont un parent a servi dans cette unité prestigieuse.

Ces publications se font avec l'accord de sa famille pour le devoir de mémoire.


"Le pistolet 1911 A1 du S.A.S. français Maurice RUTARD

C'est un simple 1911 A1, comme les milliers d'autres fabriqués pendant la guerre. Les détails tehchniques de l'arme montrent que c'est un bel ITHACA sorti d'usine en 1943 dans son état d'origine avec toutes pièces et marquages cohérents.

Pour rappel, même si on ne le présente plus, le 1911 A1 est l'évolution du modèle 1911 imaginé et conçu par monsieur John M. Browning. C'est un pistolet semi-automatique muni d'un chargeur de 7 coups, chambré en 45 ACP (11,43mm). Il a été réglementaire dans l'armée des Etats-Unis de 1911 à 1985.

Les différences entre le modèle 1911 et le 1911 A1 (adopté en 1926) sont minimes. Certaines pièces sont redessinées (détente, talon de crosse, usinage de la carcasse et "beaver tail") et les marquages changent. Pour le reste, certaines pièces évoluent au fil du temps comme la hausse, le guidon, le chien, les plaquettes, la clef arrêtoir, le levier de sureté, le talon de crosse, la finition, etc...

Revenons à notre exemplaire: au niveau technique, on constate que la phosphatation ne laisse pas de nuance de teinte comme c'est le cas sur les exemplaires fabriqués chez COLT et REMINGTON à l'avant de la glissière. La clef arrêtoir, le levier de sureté manuelle et le talon de crosse sont striés. Le chien est du type étroit et le cran de mire du type large en "U".

Pour ce qui est des marquages:

La glissière comporte le nom du fabricant côté gauche "ITHACA GUN CO.INC" sur une ligne et en dessous "ITHACA.N.Y". Sur le dessus on retrouve le "P" du "Fireproof Test". Le matricule de l'arme n'est pas inscrit à l'arrière de la glissière comme sur certaines séries COLT.

Côté gauche la carcasse comporte aussi le marquage "P" du "Fireproof Test" ainsi que le marquage de l'inspecteur "FJA" pour Franck J. ATWOOD. Il y a un marquage de production des deux côtés du pontet: un "M" à gauche et un chiffre "2" à droite.

Côté droit, le numéro de série est surmonté par le marquage "UNITED STATES PROPERTY" puis plus loin par "M 1911 A1 US.ARMY". On remarque aussi le marquage d'acceptation de l'armée US appelé "Ordnance Acceptance Stamp" (un rond avec deux canons croisés). Ce marquage est presque toujours peu profond et parfois difficilement visible sur les 1911 A1.

Concernant le canon, il est bronzé noir et comporte le marquage "P" ainsi que les initiales du fabricant, ici "HS" pour High Standard.

Voila pour les aspects techniques de l'arme. Maintenant intéressons nous à son histoire avec un petit "h", mais quelle histoire!

En 1939, après une formation dans la coutellerie, un jeune homme nommé Maurice RUTARD né le 20 septembre 1921 dans la Haute-Marne, s'engage dans la Marine Nationale comme matelot de 2è classe. Juste avant la guerre il devient spécialiste canonnier sur le bâtiment le STRASBOURG.

Pendant la campagne de 1940 Maurice gagne la croix de guerre 39/40 avec étoile de bronze le 3 juillet 1940, date à laquelle il est cité à l'odre de la Marine.

Paradoxalement, cela n'est pas la récompense d'un engagement contre les allemands. En effet, l'armistice a été signé le 22 juin 1940, la Marine française devient neutre. L'impensable se produit: Ancré en Mediterrannée, à Mers El-Kébir, le STRASBOURG est attaqué par les Anglais le 3 juillet 1940. Poursuivi par le navire HMS HOOD et par des avions lance-torpilles du porte avions ARK ROYAL, le STRASBOURG parvient à échaper aux anglais et à rallier Toulon. Cinq marins meurent asphyxiés par des reflux de fumée causés par des impacts d'éclats d'obus sur la cheminée.

Maurice reste dans la Marine. En 1942 il est nommé canonnier de 1ère classe et est affecté sur le navire EMILE BERTIN qui mouille dans les Antilles Françaises. Il décide de déserter pour rejoindre la France Libre. Avec un camarade ils partent à bord d'un canot et se font tirer dessus par des sentinelles, sans etre touchés. La flotte française des Antilles se ralliera plus tard à la France Libre en juillet 1943.

C'est donc depuis les Antilles que Maurice "déserte" et rejoint les Etats-Unis pour s'engager dans les Forces Armées Françaises Libres (F.A.F.L.) en 1943 comme l'atteste le document de la délégation du Comité National Français aux Etats-Unis, New-York, datant du 28 juin 1943, attestation certifiant que Maurice RUTARD appartient aux Forces Navales Combattantes Françaises.

Maurice arrive en Angleterre le 4 septembre 1943: il signe son autorisation de débarquer sous condition de rejoindre les Forces Armées Françaises Libres (voir document du service d'immigration britannique "immigration officer, Clyde Ports"). Il intègre alors le 4è Bataillon d'Infanterie de l'Air (B.I.A.), 4th Special Air Service (S.A.S.). La devise de cette unité est le célèbre "WHO DARES WINS" (qui ose gagne).

Maurice est breveté parachutiste le 1er janvier 1944 à Ringway, l'école des troupes aéroportées britanniques. Il est nommé caporal le 1er juin 1944. Le 4è BIA devient le 2è Régiment de Chasseurs Parachutistes (R.C.P.) entre avril et mai 1944 (voir le changement d'appellation dans le livret de solde de Maurice). C'est ainsi qu'il se voit remettre sont pistolet 1911 A1, celui que vous pouvez voir sur les photos.

En juin 1944 est parachuté et combat à Saint-Marcel en Bretagne, avec les résistants des Forces Françaises de l'Intérieur (F.F.I.). Les S.A.S. sont parachutés par petits groupes plusieurs nuits d'affilée. Ils doivent empecher les renforts allemands de monter en Normandie en organisant une guérilla avec les FFI. Sur 450 S.A.S. engagés, 77 trouvent la mort et 197 sont blessés. Comme les résistants, certains S.A.S. capturés ont été exécutés sur place.

Pour sa conduite au combat, il est autorisé à porter les ailes S.A.S. de poitrine. Le port des ailes S.A.S. est une récompense pour la vaillance montrée au cours des opérations auxquelles le militaire a pris part (voir autorisation écrite du 2è R.C.P. pour Maurice RUTARD). Il reçoit un certificat de bonne conduite de son unité attestant qu'il a servi avec honneur, fidélité, bon esprit et bravoure. Il est cité à l'odre de l'armée et se voit attribuer la croix de guerre avec palme:

"Parachutiste d'élite d'un sang froid et d'un courge exceptionnels. Le 18 juin à Saint-Marcel, il brisa par le feu de ses fusils mitrailleurs toutes les attaques allemandes et les força à se replier. Pendant les mois de juin et juillet, il participa à de nombreuses attaques de voies ferrées, réalisant 7 déraillements sur la ligne Vannes-Nantes. A pris une part active aux opérations de nettoyage du Morbihan."

Après la campagne de Bretagne, le 2è RCP participe à la bataille des Ardennes belges. Pour ses actions, Maurice est cité à l'ordre du Corps Aérien, citation qui lui vaut l'attribution de la croix de guerre avec étoile de vermeil:

"Parachutiste d'une vigueur exceptionnelle. Pendant les opérations de Belgique, le 22-12, à Belvaux, seul sur le pont, tirant debout pour obtenir une plus grande précision, neutralisa deux armes automatiques ennemies. Le 2-1, à Wavreilles, pénétra seul avec son chef de voiture jusqu'au centre de la ville, malgré une forte garnison allemande. Le 3-1, tuait pres de Saint-Hubert un motocycliste allemand, permettant la capture de renseignements des plus importants. Le 22-1, pendant les opérations de nettoyage dans les environs de Steinbach et de Limerle, participa à la capture de 15 prisonniers allemands et d'un matériel important."

En 1945, le 2è et 3è R.C.P. participent à une opération aéroportée en Hollande, l'opération AMHERST. Les S.A.S. sautent sur la Hollande le soir du 7 avril 1945 dans des conditions difficiles: à cause d'un plafond nuageux épais ils sont largués à 600m d'altitude au lieu des 250m habituels. Cela associé à un vent violent fait que les parachutistes atterrissent loin de leurs objectifs. Sur environ 700 parachutistes engagés, 33 S.A.S. meurent au combat et 67 sont faits prisonniers. Malgré tout, l'opération est un succès. Maurice est cité à l'odre du régiment, citation valant croix de guerre avec étoile de bronze:

"Parachuté en hollande dans des conditions particulièrement difficiles, a pris part aux opérations derrière les lignes ennemies qui ont grandement facilité l'avance du 2è corps canadien et la libération de la Hollande."

Maurice termine la seconde guerre mondiale avec le 2è R.C.P. en ayant participé à toutes les opérations sans jamais avoir été blessé. Il est démobilisé le 25 septembre 1945. Il ne part pas seul, il est accompagné de son pistolet!

Le 20 mars 1947, on lui décerne la médaille militaire.

Il se ré-engage pour tois ans le 3 octobre 1949 à la 1ère Demi Brigade Coloniale de Commandos Parachutistes (B.C.C.P.), 7è Bataillon. Son engagement sera annulé par le chef de corps et il quittera l'armée définitivement le 27 novembre

" via le groupe privé facebook Cellule-MireDRAFTJS_BLOCK_KEY:difq4

1949.

Maurice poursuit sa vie dans la Marne où il fonde sa famille et travaille dans l'industrie du bois. Il aura trois enfants et dix petits enfants. Passionné par la nature, c'était un homme au caractère trempé. Introverti, il ne montrait pas ses sentiments et parlait peu de cette période de sa vie. Il laissera le souvenir d'un père et d'un grand-père aimant à sa famille. Il s'éteindra le 19 janvier 1986 à Provins en Seine-Et-Marne.

Pour ceux qui voudraient lui rendre un dernier hommage, c'est toujours la-bas qu'il repose."


Article proposé par "Damien Adé" via le groupe privé facebook Cellule-Mire


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